Comment réussir son état des lieux de sortie et récupérer son dépôt de garantie ?

Pièce vide et propre au parquet clair, trousseau de clés sur le rebord de fenêtre avant l’état des lieux de sortie

L’état des lieux de sortie est le dernier rendez-vous avec votre propriétaire, et souvent le plus redouté. C’est lui qui détermine si votre dépôt de garantie vous sera rendu en totalité, en partie, ou s’il faudra batailler pour le récupérer. Bonne nouvelle : les règles sont claires et fixées par la loi du 6 juillet 1989. Bien préparé, logement propre, petites réparations faites et état des lieux d’entrée en main, ce moment se passe en général sans mauvaise surprise.

L’état des lieux de sortie fait partie des démarches administratives de déménagement qu’on repousse volontiers à la dernière minute, alors qu’il se prépare idéalement plusieurs semaines à l’avance. Son rôle est simple : constater l’état du logement au moment où vous le rendez, pour le comparer à celui décrit dans l’état des lieux d’entrée. Toute différence qui ne s’explique pas par l’usure normale peut justifier une retenue sur votre dépôt de garantie. Le cadre juridique est posé par la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs, modifiée par la loi ALUR, et par un décret qui fixe le contenu minimal des états des lieux. Ce cadre protège autant le locataire que le propriétaire, à condition que chacun joue le jeu. Pour vous, l’enjeu est concret : un mois de loyer hors charges en location vide, jusqu’à deux mois en meublé, somme qui compte au moment où vous réglez le premier loyer du nouveau logement.

Un document contradictoire comparé à l’entrée

L’état des lieux est établi de façon contradictoire, c’est-à-dire en présence des deux parties, ou de leurs représentants, qui le signent chacune. Il décrit pièce par pièce l’état des murs, sols, plafonds, équipements et menuiseries, et relève les compteurs. Sa valeur tient à la comparaison : c’est en posant les deux documents côte à côte que l’on détermine ce qui a changé. D’où l’importance de retrouver votre état des lieux d’entrée, avec ses éventuels compléments et photos, avant le rendez-vous. Si vous l’avez égaré, demandez-en une copie au propriétaire ou à l’agence. Et s’il n’a jamais été établi, le Code civil prévoit que le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état, sauf preuve contraire ; cette présomption ne peut toutefois pas être invoquée par le bailleur qui aurait lui-même fait obstacle à l’établissement de l’état des lieux.

Qui l’établit et combien il coûte

Dans la plupart des cas, l’état des lieux est réalisé par le propriétaire lui-même ou par l’agence qu’il a mandatée. À la sortie, aucuns honoraires ne peuvent être facturés au locataire pour cet acte : la loi ALUR a limité la participation du locataire aux seuls frais d’état des lieux d’entrée réalisé par un professionnel, dans la limite d’un plafond réglementaire. Si les parties ne parviennent pas à établir l’état des lieux à l’amiable, par exemple parce que l’une d’elles ne se présente pas ou refuse de signer, l’autre peut faire appel à un commissaire de justice, anciennement huissier. Les frais, fixés par un tarif réglementé, sont alors partagés par moitié entre bailleur et locataire, qui doivent être avisés au moins sept jours à l’avance par lettre recommandée.

Main vérifiant l’état d’un mur blanc avec une lampe de poche dans une pièce vide
Main vérifiant l’état d’un mur blanc avec une lampe de poche dans une pièce vide.

Usure normale, vétusté et dégradations

C’est la notion clé de l’état des lieux de sortie. La loi du 6 juillet 1989 oblige le locataire à prendre en charge l’entretien courant et les menues réparations, et à répondre des dégradations survenues pendant la location, sauf si elles résultent de la vétusté, d’une malfaçon, d’un vice de construction, d’un cas fortuit ou de la force majeure. Concrètement, une peinture qui a jauni après huit ans d’occupation, une moquette tassée aux passages, un parquet légèrement terni relèvent de l’usure normale et ne peuvent pas vous être facturés. À l’inverse, un trou dans une porte, des brûlures sur un plan de travail, une moquette tachée ou des murs peints dans une couleur vive sans accord sont des dégradations imputables au locataire. La durée d’occupation compte donc beaucoup : plus vous êtes resté longtemps, plus la part de vétusté est importante. Une grille de vétusté annexée au bail fixe parfois des durées de vie par équipement et des abattements annuels, ce qui objective la discussion.

SéjourChambreCuisineSalle d’eau12341 Trous de fixation, murs2 Sols, volets, fenêtres3 Plaques, hotte, placards4 Joints, calcaire, VMCComparer à l’entrée
Les quatre zones qui concentrent la plupart des remarques.
La préparation

Préparer le logement avant l’état des lieux de sortie

La préparation commence dès l’envoi du préavis. Relisez votre état des lieux d’entrée, faites le tour du logement avec un œil extérieur et listez ce qui a changé. Beaucoup de petites remarques peuvent être évitées avec quelques heures de bricolage et un bon ménage, pour un coût bien inférieur à ce que le propriétaire pourrait retenir sur devis. Le tableau ci-dessous reprend quelques situations courantes et leur répartition habituelle, selon la logique du décret du 26 août 1987 qui liste les réparations locatives. Il s’agit de repères généraux : un élément cassé par un choc reste à votre charge même s’il figure du côté du propriétaire lorsqu’il s’use naturellement. Anticipez aussi le calendrier : vous devrez avoir vidé le logement avant le rendez-vous, ce qui suppose de caler l’état des lieux après le déménagement, et non le même matin, pour garder du temps pour le ménage final.

Élément à vérifierQui s’en charge, en principe
Trous de chevilles et petites fixationsLocataire : reboucher et retoucher proprement
Joints silicone de douche et d’évier noircisLocataire : entretien courant
Ampoules, piles des détecteurs, flexibles de doucheLocataire : menues réparations
Entretien annuel de la chaudière individuelleLocataire : attestation à présenter
Peinture jaunie par le tempsPropriétaire : usure normale
Volet roulant hors d’usage par vieillissementPropriétaire : vétusté

Les petites réparations locatives

Le décret du 26 août 1987 énumère les réparations considérées comme locatives, pièce par pièce et équipement par équipement. On y trouve le rebouchage des trous, le remplacement des joints et flexibles, le graissage des gonds et serrures, le remplacement des vitres cassées, le débouchage des canalisations, l’entretien des grilles de ventilation ou le remplacement des ampoules et fusibles. En pratique, consacrez une demi-journée à ces travaux de remise en état : enduit de rebouchage et petite retouche de peinture sur les trous de fixation, silicone neuf dans la salle de bains, détartrage de la robinetterie, serrage des poignées qui bougent. Évitez en revanche les travaux ambitieux, comme repeindre une pièce entière dans une teinte approximative : une peinture mal faite peut être reprochée comme une dégradation. Si un équipement fourni par le propriétaire est en panne pour cause de vieillesse, signalez-le plutôt par écrit, avant l’état des lieux, en conservant une trace datée.

Un ménage à la hauteur de l’entrée

Le logement doit être rendu dans un état de propreté comparable à celui dans lequel vous l’avez reçu. Si l’état des lieux d’entrée mentionne un logement propre, un ménage approfondi s’impose : intérieur des placards et du four, hotte et filtres, dessus des portes et plinthes, vitres et rails de fenêtres, calcaire des sanitaires, bouches de ventilation. Pensez aussi aux annexes souvent oubliées : cave, balcon, boîte aux lettres, garage. Un logement sale peut justifier une retenue pour frais de nettoyage, sur présentation d’un devis ou d’une facture. Organisez-vous pour faire ce ménage une fois les meubles sortis, quand tout est accessible, et gardez à portée de main un petit kit : éponges, produit dégraissant, anticalcaire, sacs poubelle, escabeau. Si vous manquez de temps, faire appel à une entreprise de nettoyage de fin de bail est une option, à confirmer sur devis, qui peut revenir moins cher qu’une retenue contestée et vous libère l’esprit pour le jour du déménagement.

Les justificatifs à réunir

Certaines obligations d’entretien se prouvent par des documents. C’est le cas de l’entretien annuel de la chaudière individuelle, obligatoire, dont vous devez pouvoir présenter l’attestation ; de même, selon votre équipement et les règles locales, du ramonage d’un conduit de cheminée. Si le bail met à votre charge l’entretien d’un jardin, quelques photos récentes d’une pelouse tondue et de haies taillées peuvent être utiles. Réunissez aussi les factures des éventuelles réparations effectuées pendant la location, les échanges écrits avec le propriétaire au sujet de pannes signalées, et vos propres photos de l’entrée dans les lieux si vous en avez pris. Préparez enfin votre nouvelle adresse sur papier : elle sera indispensable pour la restitution du dépôt.

  • État des lieux d’entrée et ses photos
  • Attestation d’entretien de la chaudière
  • Toutes les clés, badges et télécommandes
  • Relevés de compteurs pris en photo
  • Nouvelle adresse écrite pour le propriétaire
Le rendez-vous

Le jour de l’état des lieux de sortie

Le rendez-vous se fixe d’un commun accord, en pratique le dernier jour du préavis ou juste avant, une fois le logement entièrement vidé. Prévoyez une à deux heures selon la surface, et arrivez un peu en avance pour ouvrir les volets, allumer les lumières et vérifier que rien n’a été oublié dans les placards. L’état d’esprit compte autant que la préparation : restez courtois, factuel et attentif. Le propriétaire ou l’agent n’est pas un adversaire, il fait un constat, et une discussion posée règle beaucoup de petites divergences sur place. Si vous ne pouvez pas être présent, vous pouvez mandater une personne de confiance par une procuration écrite, en lui confiant l’état des lieux d’entrée et les consignes utiles. Ne laissez jamais le propriétaire établir seul le document hors de votre présence ou de celle de votre représentant.

Parcourir le logement pièce par pièce

Suivez le même ordre que l’état des lieux d’entrée, pour faciliter la comparaison ligne par ligne. Pour chaque pièce, vérifiez ensemble les murs, les sols, les plafonds, les portes, les fenêtres, les prises, les interrupteurs et les équipements. Quand une remarque est formulée, reportez-vous immédiatement au document d’entrée : si le défaut y figurait déjà, demandez qu’il soit noté comme existant à l’entrée. Si le défaut relève de l’usure normale, dites-le calmement en rappelant la durée d’occupation. Veillez à ce que les descriptions soient précises et mesurées : « trace de frottement de 10 cm sur le mur gauche » vaut mieux qu’un vague « murs abîmés » qui pourrait justifier une remise en peinture complète. Relevez aussi ensemble les compteurs d’eau, d’électricité et de gaz, et prenez-les en photo : ces index serviront pour vos derniers relevés de consommation et pour la régularisation des charges.

La remise des clés et votre nouvelle adresse

La restitution des clés est un moment juridique important : c’est elle qui fait courir le délai de restitution du dépôt de garantie. Remettez toutes les clés, badges, bips de parking et télécommandes, et faites mentionner leur nombre sur l’état des lieux ou sur un reçu daté et signé. Si vous ne pouvez pas les remettre en main propre, envoyez-les par lettre recommandée avec accusé de réception, en gardant la preuve de l’envoi. Profitez-en pour indiquer par écrit votre nouvelle adresse, sur le document lui-même ou dans un courrier séparé. Ce n’est pas un détail : selon la loi de 1989, la majoration pour retard de restitution du dépôt ne s’applique pas lorsque le retard est dû à l’absence de transmission de votre nouvelle adresse. Pensez enfin à résilier ou transférer à temps vos contrats d’énergie et d’internet, en indiquant la date de sortie et les index relevés ensemble, pour ne pas payer la consommation d’un autre.

Signer, ou exprimer son désaccord

À la fin du parcours, chacun signe le document et en reçoit un exemplaire, papier ou électronique. Relisez-le entièrement avant de signer : une fois signé sans réserve, il sera difficile de contester une mention. Si vous n’êtes pas d’accord avec une appréciation, ne refusez pas en bloc : demandez à ajouter vos observations écrites sur la ligne concernée, par exemple « le locataire conteste, défaut présent à l’entrée, voir photo du 3 septembre ». Cette mention préserve vos droits tout en permettant de clore le rendez-vous. Si le désaccord porte sur l’ensemble du document ou si le propriétaire refuse vos observations, l’état des lieux ne peut pas être établi à l’amiable : il faudra alors faire appel à un commissaire de justice, avec partage des frais. Dans tous les cas, ne quittez pas les lieux sans votre exemplaire, et vérifiez qu’il porte bien les deux signatures et la date.

Conseil de pro

Photographiez chaque pièce vide, murs, sols et équipements, juste avant l’arrivée du propriétaire : en cas de litige, ces images datées valent souvent mieux qu’un long courrier.

Le dépôt

Récupérer son dépôt de garantie après l’état des lieux de sortie

Une fois les clés rendues, le compte à rebours commence pour le propriétaire. L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 encadre strictement la restitution du dépôt de garantie : délais, retenues possibles, justificatifs et pénalités de retard. Ces règles sont d’ordre public, ce qui signifie qu’une clause du bail ne peut pas les écarter au détriment du locataire. Les chiffres clés ci-dessous résument l’essentiel. Gardez à l’esprit que le propriétaire peut déduire du dépôt non seulement les réparations justifiées, mais aussi les sommes restant dues au titre des loyers, des charges ou de la régularisation annuelle, à condition qu’elles soient dûment justifiées. Il ne peut en revanche rien retenir de façon forfaitaire, par précaution ou sans pièce.

1 mois
restitution si état des lieux conforme
2 mois
restitution en cas de différences
10 %
du loyer par mois de retard commencé
20 %
retenue possible en copropriété

Des délais courts et une pénalité automatique

Le délai de restitution est d’un mois maximum à compter de la remise des clés lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, et de deux mois maximum lorsqu’il fait apparaître des différences. Passé ce délai, le montant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé, sauf si le retard vient de l’absence de transmission de votre nouvelle adresse. Cette pénalité est automatique : elle n’a pas besoin d’être prévue par le bail. Si le logement se situe dans un immeuble en copropriété, le propriétaire peut conserver une provision de 20 % au plus du dépôt jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble, le solde devant être versé dans le mois qui suit leur approbation. En cas de retard, une relance écrite rappelant ces règles suffit souvent à débloquer la situation.

Délai à compter de la remise des clésClés rendues+ 1 mois+ 2 moisSortie conformeDifférencesCopropriété20 % max
Délais maximums de restitution selon la situation.

Les retenues autorisées et leurs justificatifs

Le propriétaire peut retenir sur le dépôt le coût des réparations correspondant à des dégradations constatées en comparant les deux états des lieux, à condition de justifier les montants par des devis, des factures ou tout document probant. Il doit tenir compte de la vétusté : un revêtement de sol arrivé en fin de vie ne peut pas être remplacé à neuf aux frais du locataire parce qu’il porte une tache supplémentaire. Si une grille de vétusté a été annexée au bail, elle sert de base de calcul. Le propriétaire n’est pas obligé de réaliser effectivement les travaux, mais il doit en justifier le coût. Si les retenues vous paraissent excessives, demandez par écrit le détail et les justificatifs, puis confrontez chaque ligne à l’état des lieux d’entrée, à la durée d’occupation et à vos photos. Une retenue non justifiée, ou manifestement surévaluée, peut être contestée avec de bonnes chances de succès, surtout si votre dossier de preuves est complet.

En cas de litige

Si le dialogue échoue, envoyez d’abord une mise en demeure par lettre recommandée, en rappelant l’article 22 de la loi de 1989, les délais et la majoration applicable. Sans réponse satisfaisante, vous pouvez saisir gratuitement la commission départementale de conciliation, compétente notamment pour les litiges relatifs au dépôt de garantie et à l’état des lieux ; le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire reste compétent en dernier recours. Attention enfin à ne pas confondre les responsabilités : si un mur de la cage d’escalier ou une porte du logement a été abîmé pendant le déménagement par un prestataire, la retenue du propriétaire est peut-être justifiée, mais c’est vers le déménageur et son assureur qu’il faut vous retourner pour être remboursé. Notre guide sur l’assurance déménagement en cas de casse explique comment formuler des réserves et respecter les délais pour obtenir une indemnisation.